Entreprise. Réorganisation : la marche forcée face au Covid-19

Télétravail, bureaux partagés, flexibilité, relocalisations… l’organisation du travail évolue, amplifiée par la crise sanitaire. Avec un nouvel enjeu de taille pour l’entreprise : la cohésion des groupes.

Huit sites de PSA Groupe expérimentent le télétravail sur les activités tertiaires, de production et de R&D à raison de 1,5 jour de présence sur site, uniquement. Cette expérimentation, "avant de conclure un accord global", devrait se poursuivre jusqu'en décembre pour les syndicats alors que les directions souhaitent "aller plus vite".

Mais manager, maintenir la cohésion des équipes dispersées, voire de l'entreprise obligent les sociétés à repenser leur organisation. Jawad Lemniaï, directeur chez EY People Consulting pense le phénomène "irréversible" et table sur la diversification "des lieux d'exercice de [l'] activité professionnelle [...] chez soi, chez un client, dans des espaces mixtes ou partagés, de type coworking ou tiers-lieu". Les salariés doivent même faire "une demande de réservation avant de se rendre dans les locaux". Bruno Latour, philosophe, qualifie ces nouveaux/futurs travailleurs de "Touaregs du tertiaire".

Pour Isabelle Calvez, DRH chez Suez, les collaborateurs ne viendront plus au travail pour passer des coups de fil, produire... faire des choses qui peuvent être faîtes chez soi mais pour "réfléchir en groupe et échanger" loin des téléphones et des ordinateurs. Quant aux managers, "on attend désormais d'eux qu'ils motivent leurs équipes, contrôlent le travail accompli plus que sa réalisation, et gèrent au mieux la cohésion entre télétravail et présentiel".

Ces temps de regroupement très "calibrés" limitent les temps informels, sources d'information, d'innovation. IMB, pionnier du télétravail à grande échelle dès 2009, fait marche arrière et oblige maintenant ses salariés à revenir en entreprise car par "manque d'interactions entre collaborateurs" et "une baisse du rythme de travail", il a enregistré une chute de son chiffre d'affaires sur vingt trimestres consécutifs. Il a, par ailleurs, économisé ces dernières années, jusqu'à 2 milliards de dollars grâce à la cession de bureaux.

Quant aux délocalisations, la pandémie et le confinement révélant certaines faiblesses dont l'approvisionnement, des sociétés réfléchissent à relocaliser...

Source

Le Monde, 15/09/20