Violences sexistes et sexuelles au travail. Une enquête auprès des professionnels des médias

Suite à l'affaire de la Ligue du LOL, 3 associations (Prenons la une, Nous toutes et Paye ton journal) impliquées dans la lutte contre les violences sexistes et sexuelles ont lancé, via les réseaux sociaux, une enquête pour mesurer les phénomènes de sexisme et de harcèlement dans les médias. En 10 jours, 1 837 personnes y ont répondu, dont 1 500 journalistes ou salariés d'un média (70 % de ces répondants ont moins de 40 ans) et 270 étudiants en école de journalisme. 80 % des 1 837 répondants sont des femmes.

Paroles sexistes, propos à connotation sexuelle ou agressions sexuelles, le constat est sans appel : 1 500 personnes ont été témoin ou victime d'agissement sexiste au travail et 199 personnes, dont 188 femmes, affirment avoir été agressées sexuellement. Aucune rédaction n'est épargnée, que ce soit dans les médias nationaux ou régionaux.

Toutefois, ces violences semblent plus fréquentes à la télévision que dans les autres médias et les pigistes apparaissent particulièrement vulnérables, tout comme les femmes non blanches et les hommes homosexuels. 22 % d'entre eux déclarent être souvent confrontés à des propos à connotation sexuelle. Pourquoi une telle situation ? L'enquête montre que ce type de comportement non approprié est présent dès les écoles de journalisme. 10 % des étudiantes répondantes affirment avoir été agressées sexuellement dans le cadre de leurs études ou de leurs stages. 62 % indiquent avoir été témoin de propos sexistes dans leur école et 28 % de faits de harcèlement sexuel.

Les 3 associations à l'origine de l'enquête soulignent par ailleurs que "les systèmes d'alerte en interne des rédactions sont clairement défaillants". Dans 83 % des cas, ni la direction ni les responsables des ressources humaines n'ont été informés de la situation. Dans le cas où elles l'ont été, ce n'est que rarement que des mesures ont été prises. "En effet, dans 60 % des cas d'agression sexuelle comme dans 70 % des cas de harcèlement, les rédactions n'ont pas réagi suite au signalement".

Source

Le Monde, Libération, Ouest-France, 08/03/19