Apprentissage. Comparaison des modèles allemand et français

Le Monde propose une comparaison de la mise en œuvre de l'apprentissage en France et en Allemagne. Outre-Rhin, le dispositif, efficient, est, selon l'Institut allemand de recherche sur le marché du travail (IAB), "le secret de la compétitivité du pays". Egalement mis en place avec succès en Autriche, aux Pays-Bas et en Suisse, il est un outil efficace de lutte contre le chômage des jeunes : 7,3 % l'an dernier en Allemagne selon l'OCDE contre 22,4 % dans la zone euro et 24,7 % en France.

Comment le système allemand fonctionne-t-il ? Est-il transposable en France ? Quelles sont les différences entre les 2 pays ?

Le système allemand, créé il y a 150 ans, est né de l'étroite articulation entre le dynamisme industriel et l'intégration sociale. Il s'adresse au départ aux élèves de niveau moyen et laisse moins de place qu'en France aux savoirs académiques (moins de 20 % du temps de formation en Allemagne contre 45 % en France). Il associe fortement les entreprises, qui investissent 30 % de plus dans la formation continue par salarié que leurs homologues françaises, selon le Centre d'information et de recherche sur l'Allemagne contemporaine (Cirac). En Allemagne, l'apprentissage a été, jusqu'à très récemment, la filière dominante d'accès à la formation, voire la seule voie d'accès aux 330 métiers répertoriés, quand en France, elle est une voie parmi d'autres. En Allemagne, il y a 25 ans, 75 % d'une classe d'âge passait par l'apprentissage. Depuis 2013, la tendance s'inverse, les entrées à l'université (alors qu'un étudiant sur 3 abandonne avant d'obtenir sa licence), sont plus nombreuses que celles en apprentissage. Les bacheliers représentent 25 % des nouveaux apprentis, signe d'une élévation des besoins en qualifications.

Quelles sont les différences fondamentales avec le système français ?

Les apprentis français passent deux fois moins de temps en entreprise que leurs homologues allemands. De surcroît, ils ne disposent pas toujours d'un véritable encadrement. Ce qui explique qu'ils sont 2 fois moins souvent recrutés que les allemands par l'entreprise qui les a formé.

L'organisation de la relation emploi-formation est également très différente. "En Allemagne, tout part des entreprises", explique Birgit Scheeberg, de la Chambre de commerce de Hambourg. "Elles ont fondé les premiers centres d'apprentissage, elles fixent le nombre de place des apprentis par anticipation de leurs besoins, 3 ans plus tard. Elles financent, sans subvention, les apprentis qu'elles accueillent (18 000€/apprenti) et les maîtres d'apprentissage qui les encadrent. Elles définissent également, avec les syndicats de salariés, et sous la surveillance de la chambre consulaire, le contenu et l'évolution des formations". Cet investissement, "conséquent, les oblige à évaluer au mieux leurs besoins de recrutement à moyen terme, à offrir des formations qui intègrent les évolutions des techniques, des méthodes de production et des marchés", explique le Cirac. Autre point clé du système allemand : le rôle des syndicats dans la définition des formations. Les pouvoirs publics, qui s'assurent de la qualité des formations et en assurent le cadre juridique, se placent quant à eux en situation d'arbitre.

Pour rappel, la France compte 0,4 millions d'apprentis, l'Allemagne, 1,4 million. Les apprentis français ont en moyenne 18 ans lorsqu'ils entrent en apprentissage, les allemands ont 20 ans. La formation française dure en moyenne 19 mois quand l'allemande se déroule sur 36 mois. La majorité des apprentis allemands sont employés dans les services (59,4 % contre 42,6 % en France) quand les français se retrouvent plus en production (57,4 % contre 40,6 % Outre-Rhin). Si le taux d'emploi à l'issue de l'apprentissage est identique dans les 2 pays (71 %), l'Allemagne compte moins d'abandons de la formation (17 % contre 21,5 % pour la France) et moins de ruptures de contrats (24,9 % contre 28 % en France). A l'issue de la formation, 67 % des apprentis allemands sont recrutés par la société qui les a formé contre 33 % en France.

Source

Le Monde, 29/11/16