Interventions d’EOLE, l’Atelier des...

Interventions d’EOLE, l’Atelier des Savoirs Fondamentaux de Lorient, auprès des salariés de Centres d’Aide par le Travail (CAT)

Historique

Depuis 1997, l’ASF propose des formations en direction des salariés de CAT.

Le CAT Alter Ego d’Hennebont est le premier à solliciter l’ASF. La demande n’émane pas ici directement des personnes handicapées ni du CAT, mais des familles qui souhaiteraient que ces adultes acquièrent un minimum de repères pour « se débrouiller » au quotidien.

Par la suite, EOLE répond aux demandes de formation de trois autres CAT et en fonction de leurs attentes propose soit des contenus en lien direct avec l’activité professionnelle, soit des contenus liés à la vie quotidienne de leurs salariés.

Les CAT financent ces formations sur leurs fonds propres au titre des activités de soutien de 2ème type.

Elles se déroulent pour 3 CAT sur 4 pendant les heures de travail.

La durée de la formation varie d’un CAT à l’autre, allant de 30 à 240 heures par groupe (effectif moyen : 6 personnes). Les séances se déroulent en général sur 1h30.

Ces actions particulières ont conduit l’équipe :
- à développer de nouvelles pratiques pour des publics peu ou pas lecteurs, peu ou pas scripteurs,
- à concevoir de nouvelles approches,
- à réadapter les outils existants ou à créer de nouveaux outils.

Une organisation spécifique et une alternance entre travail collectif et individuel

Face à l’hétérogénéité des groupes, une co-animation s’est avérée parfois indispensable, soit avec l’aide d’un bénévole, soit avec un éducateur du centre. En effet, les écarts de niveau sont très importants, les capacités d’attention et de concentration inégales et les degrés d’autonomie très variés. Cette co-animation permet d’aménager des temps de formation collectifs et des temps d’apprentissage individuels.

Pour tenir compte des spécificités du public et devant le risque de démobilisation de certains apprenants, les formateurs ont opté pour des séquences de formation mêlant plusieurs objectifs et plusieurs activités, chaque activité n’excédant pas, en général, une demi-heure.

Les objectifs de formation définis restent parfois humbles. Tout ce qui concerne l’identité : écrire ses nom et prénom, signer, donner sa date de naissance et son numéro de téléphone, etc… constituent des priorités d’apprentissage.

Quelques apprenants sont, dans le domaine de l’acquisition de connaissances, au stade concret et ont donc besoin de toucher, manipuler. Ceci a donc amené les formateurs à rechercher ou construire du matériel, à diversifier les supports, les outils.

A chaque début de séance, 10 à 15 minutes sont consacrées à la mise en route et à « l’échauffement ». Sont proposés : rappel de la séance précédente, calcul mental, mémorisation d’images, de mots, de formes géométriques, chaînes de mots ou activités de fluidité mentale et verbale. Développement des capacités d’attention, de concentration, de mémoire visuelle et auditive sont les objectifs poursuivis sur ce premier temps.

Acteurs de leur formation, certains formulent des demandes très précises qui font l’objet d’apprentissages collectifs (comprendre un bulletin de salaire, comprendre et remplir un constat amiable, lire et comprendre des consignes de sécurité, voter par procuration…) ou d’apprentissages individuels (doser une préparation pour traiter les cultures, s’informer sur les nouveaux matériels agricoles, adapter une recette de cuisine…)

Les centres d’intérêt communs, l’actualité, les thèmes de la vie sociale et professionnelle constituent les ressources parmi lesquelles, le formateur puise pour proposer des activités communes où chacun sera en mesure de s’investir. Ces apprentissages collectifs restent parfois difficiles à mettre en place – il n’est, en effet,  pas toujours aisé d’entrer en communication, de trouver sa place, d’accepter l’autre, de s’affirmer – ils font donc l’objet d’une négociation avec le groupe.

De manière transversale, peuvent être ainsi développées prise de parole, estime de soi et relation d’aide.

Le rôle du formateur consiste ici à structurer la séance de manière à ce que chaque apprenant soit en situation de produire, de participer, d’apprendre, composant avec les individualités (rythme, niveau, besoins, attentes, personnalité), jonglant entre apprentissages collectifs et apprentissages individualisés, sans perdre de vue les objectifs de la séance. Le formateur favorise et gère aussi les interactions.

Le recours ponctuel à l’outil informatique (apprécié des apprenants après l’appréhension dépassée) a permis de valoriser les productions écrites et d’en conserver une trace transmissible, de consolider les apprentissages de manière ludique.

La notion de plaisir est au centre des apprentissages proposés.

- En fin de séance, les apprenants sont amenés à porter un regard sur le déroulement des activités et les contenus proposés. Dans la mesure du possible, ils expriment leurs attentes et définissent les pistes de travail pour la (les) séance(s) à venir.

 

L’évaluation des apprentissages et des formations

Une évaluation-positionnement est organisée en début de formation, à laquelle peut être amené à participer un éducateur ou un psychologue du CAT. Elle permet non seulement de situer le niveau des personnes, mais aussi de cerner leur parcours, leur vécu et leurs habitudes concernant les savoirs de base, leurs motivations, leurs freins, leurs difficultés.

Les apprentissages ne prennent véritablement de sens que lorsqu’ils sont réinvestis dans une multitude de situations professionnelles ou sociales. Or, les stratégies d’évitement, de contournement sont parfois difficiles à abandonner. La pratique de la lecture et de l’écriture dans des activités simples n’est encore bien souvent ni courante, ni aisée.

En revanche, l’utilisation des chiffres et des nombres dans la vie de tous les jours est bien plus régulière et les apprentissages dans ce domaine sont plus facilement « ré-exploitables ». Le passage à l’Euro, souvent vécu comme source d’angoisse, a été un formidable projet d’apprentissage et a été l’occasion de privilégier les contenus liés à la maîtrise de la numération. Ces apprenants maîtrisent aujourd’hui pour la plupart l’Euro, et sont capables désormais de manipuler cette nouvelle monnaie pour effectuer leurs achats.

Une évaluation finale est organisée, reprenant la trame de l’évaluation initiale elle permet de pointer un à un les acquis. Elle est l’occasion pour les apprenants de s’exprimer sur leur vécu de formation : dans la majorité des cas ils se sont réconciliés avec les apprentissages, ils ont gagné en confiance, se sentent plus autonomes dans certains actes de la vie quotidienne. La formation déclenche pour quelques uns de nouveaux besoins d’apprentissage.

Il est toutefois difficile d’évaluer l’impact direct de la formation en terme de transferts. Il serait souhaitable de mesurer concrètement les acquisitions, en organisant régulièrement des mises en situation, à l’extérieur et au sein des ateliers. Ces mises en situations n’ont pas été systématisées pour l’instant, dans tous les CAT.


En conclusion, quelques questionnements

L’apprentissage n’a de sens que si l’apprenant a un réel projet d’apprentissage. Or les apprenants ont parfois des difficultés à exprimer clairement leurs attentes, et ne savent pas toujours situer leurs besoins.

Les connaissances abordées sont-elles toutes sollicitées dans le cadre de leur activité professionnelle, dans leur vie sociale ?

Une connaissance plus fine des contraintes et exigences liées à leur poste de travail,  de leurs besoins en terme d’insertion sociale devrait assurer une meilleure adéquation entre apprentissages réalisés et transferts.

De quels moyens disposent les CAT, les familles, pour entretenir, maintenir, consolider, développer ces connaissances une fois la formation achevée ?

Comment impliquer plus fortement les équipes éducatives ?

Un prochain projet européen LEONARDO devrait permettre de trouver des réponses à ces questionnements.


En quoi ces interventions ont impacté les compétences d’EOLE…

Intervenir auprès de personnes en grande difficulté réinterroge les fondamentaux de la pédagogie ; notamment sur les inévitables questions liées à l’apprentissage des adultes. En effet, au-delà de l’ingénierie déployée pour répondre aux besoins et aux attentes tant des CAT que de la famille et des salariés eux-mêmes, il est nécessaire de mener en continu une ingénierie pédagogique répondant de façon très réactive aux évolutions, aux difficultés repérées au fil des séquences.
Inventivité, créativité sont les maîtres mots au service d’une ingénierie préalable très « balisée ».