Société. "Le diplôme n'efface pas la distance de classe" sociale

Malgré les dispositifs d'accès aux études supérieures, l'Observatoire des inégalités constate que "si 30 % des jeunes de 18 à 23 ans sont enfants d'ouvriers, ils ne représentent que 11 % des effectifs d'étudiants et à peine 6 % de ceux des grandes écoles". Et ce n'est pas parce que l'on a le même diplôme que la distance sociale disparait. "On assiste à des phénomènes de regroupement - d'homophilie sociale - liés aux expériences antérieures, aux manières de penser, de se vêtir, de se divertir" pour Paul Pasquali, auteur de "Comment les "filières d'élite" entrouvent leurs portes".

Les décalages entre les étudiants issus des milieux très favorisés et ceux plus modestes sembleraient ainsi difficiles à combler. Là où certains voient dans l'entrée en école supérieure un aboutissement, les plus aisés y verront une simple étape.

"A ces difficultés à trouver [leurs] marques et à s'adapter à un nouvel environnement peut s'ajouter le sentiment de ne pas totalement mériter sa place", d'avoir bénéficié d'un coup de pouce de la part des politiques sociales. Les dispositifs d'égalité des chances ont rendu, pour certains, leur intégration dans un établissement suspecte voir méprisable : "certains étudiants ont un mépris énorme pour toute personne qui ne vient pas du même milieu qu'eux, et notamment les boursiers".

Les étudiants les plus modestes reconnaissent qu'ils ont l'impression de faire le grand écart entre ce milieu, nouveau pour eux et celui où ils retrouvent leurs parents, amis... Le phénomène de "transclasse" qui est un parcours de migration sociale engendre aussi une mise à distance, pas automatique, de la classe sociale d'origine. Toute la difficulté revient "à maintenir un équilibre entre le milieu d'origine et celui auquel le diplôme donne accès".

Source

Le Monde, 07/12/18