Hôtellerie-restauration. Recruter des migrants pour pallier la pénurie de main-d'oeuvre ?

Selon les syndicats patronaux de l'hôtellerie-restauration, entre 150 000 et 180 000 postes (cuisiniers, commis de cuisine, serveurs...) seraient à pourvoir, "la moitié en CDI et l'autre en emplois saisonniers", indique l'Union des métiers et des industries de l'hôtellerie (Umih). Pour résoudre la pénurie de main-d’œuvre, le secteur envisage de recruter des migrants. En effet, les 40 000 à 50 000 jeunes formés chaque année pour travailler dans l'hôtellerie-restauration combleront difficilement tous les besoins.

La loi asile et immigration du 1er août devrait faciliter la chose en permettant aux demandeurs d'asile d'obtenir une autorisation de travail 6 mois après avoir fait leur demande d'asile (9 mois auparavant). Outre les dispositions législatives, la barrière de la langue peut aussi freiner leur recrutement. Pierre Henry, directeur général de l'association France terre d'asile le rappelle : "près de 50 % des primo-arrivants accèdent à une formation linguistique, alors qu'elle est absolument nécessaire". Les 200 heures actuelles de formation (bientôt portées à 400 par la loi asile et immigration) ne permettent pas d'envisager un emploi en salle. Certaines associations proposent donc, en complément, des cours d'apprentissage de certains jargons professionnels ou du savoir-être attendu en entreprise. L'Afpa  participe, pour sa part, au programme Hope qui "vise à une insertion durable sur le marché du travail [dans des secteurs en tension], ce que le secteur [de l'hôtellerie-restauration] n'offre pas forcément", indique le ministère du Travail.

Le recrutement de demandeurs d'asile dans ce secteur aux conditions de travail souvent précaires, où subsistent le travail illégal et le recours à des personnes sans-papiers, est polémique.

Aurélien Taché, député LREM, auteur de 72 propositions pour l'insertion sociale et professionnelle des exilés, rappelle que d'autres secteurs d'activité (bâtiment, numérique...) sont intéressés par la démarche, y compris "pour des postes plus qualifiés".

Source

Les Echos, Libération, Le Monde, 17-19-22/08/18